Démocratie en Tunisie : dissensions, dissidence et implosion !

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Notre démocratie étant encore très jeune, elle est affectée par toutes les pathologies et maladies infantiles : Des petits maux bénins comme les rhumes qui entrainent de la fièvre à des pathologies plus lourdes comme la bronchiolite ou la mort subite du nourrisson en passant par les fesses rouges, les otites, les poussées dentaires, les diarrhées avec risque de déshydratation, les oreillons….

Il aurait été étonnant que tous ceux qui sont nés à l’ombre du grand chêne tyrannique se muent rapidement en glands démocratiques et se convertissent à une religion qui leur extorque ce fonds de commerce despotique dont ils usent et abusent pour conserver leur ascendant sur leurs ouailles respectives !

Dur, en effet, de pratiquer un art aussi complexe si on n’a ni la vocation, ni la culture, ni le tempérament, ce qui explique que la plupart de nos partis politiques, tristes avatars de la partitocratie stalinienne où le culte du chef n’est pas une option, une fois exposés aux vents nouveaux et impétueux de la démocratie, ont d’abord vacillé avant de s’écrouler et de s’émietter, hormis, Ennahdha et l’extrême-gauche, héritiers de ce sectarisme dévot et inébranlable, qui érige le dogme au rang du mythe inexpugnable !

Les vieilleries exotiques ainsi que les amulettes d’un marxisme-léninisme anachronique et par trop avachi sur des excentricités que renierait aujourd’hui Pol Pot himself, sont des carapaces qu’utilisent les deux conservatismes, religieux et gauchiste, pour empêcher que leurs remparts ne se désagrègent au contact d’idées neuves, forcément moins figées que les leurs et porteuses d’un sens nouveau, enrichi par les nouvelles expressions politiques qui naissent et prospèrent en Europe, en Amérique latine, en Asie et qui se sont affranchies du remous identitaire, du ressac prolétaire et de la vaine agitation idéologique !

Or, en Tunisie, et ce depuis cinq ans, nous assistons à des professions de foi révolutionnaires ainsi qu’à une espèce de liturgie guévariste émanant de personnes souvent en dissonance avec la révolution elle-même et dont la seule et unique ambition est d’accréditer l’idée du « Tout pourri sauf ma mère par respect » !!!

De la rhétorique révolutionnaire....

On ne se laissera plus impressionner par les prétendus révolutionnaires parce que le verbiage creux est aussi lénifiant que les slogans soporifiques.

L'heure n'est plus à l'exhibitionnisme révolutionnaire et à ceux qui ont fait de cette posture un argumentaire, une vocation, un métier, croyant ainsi s'exonérer de tout projet politique, économique, social, culturel...susceptible de constituer une vraie alternative.

Être tout le temps dans la réaction et s'abstenir de toute action porteuse d'un nouveau sens, est signe d'impuissance.

Le charlatanisme n'est pas l'œuvre uniquement des bonimenteurs réactionnaires, il est aussi une marque de fabrique de nombreux révolutionnaires dont la rhétorique est devenue une fin en soi.

Cette mégalomanie révolutionnaire est aussi nocive que la mégalomanie destourienne et bourguibiste.

Tout à fait stérile et improductive, elle désavoue, déconstruit, déstructure mais n’offre en échange aucune alternative, aucun projet de société, aucune vision qui soit à même d’emporter l’adhésion d’une majorité de Tunisiens rendus sceptiques à cause d’une politique politicienne où les arrangements douteux, les calculs d’apothicaires, les complicités frivoles et les narcissismes des petits chefs supplantent le don de soi, l’abnégation, le sacrifice et le dévouement au service d’un peuple abusé, pillé et dont la volonté a été souvent ignorée.

En Tunisie, on ne sert pas le peuple, on s’en sert !

Si donc la plupart des partis politiques naissent et meurent dans l’indifférence générale, c’est parce qu’ils ne répondent aucunement à ce besoin impérieux de changement.

Bâtis sur des allégeances tribales, régionales, ou à la personne du chef charismatique, ils se disloquent rapidement dès que les dissensions éclatent au grand jour et que les luttes souterraines entre lieutenants et sous-lieutenants s’exacerbent au point de rendre impossible tout compromis, toute cohabitation…les jalousies les moins insoupçonnables peuvent prévariquer un grand projet politique et le soumettre à la petitesse des hommes et à leur opportunisme !

D’ailleurs, tous les cas tunisiens sont des cas d’école, les divisons ne sont pas la conséquence d’un conflit idéologique, d’une divergence d’idées et de vision, mais plutôt, ce qui est à la fois inquiétant et ahurissant, de rivalités personnelles entre petits chefs qui rêvent d’un avenir politique prometteur et dont les fantasmes stimulés et nourris par leurs thuriféraires et courtisans les transforment en Attila assoiffés du sang de leurs adversaires politiques.

La prolifération de petites échoppes politiques administrées par deux ou trois génies décadents s’explique par ce désir irrépressible d’être le chef incontestable et incontesté, le petit dictateur incapable de refouler ce sentiment tout puissant de supériorité qui ronge ses entrailles dévastées par les combines et les complots !

Tous nos partis politiques en Tunisie ont leur Mohsen Marzouk, leur Hafedh Caïd Essebsi et leurs mesquineries, inutile de se voiler la face, le mythe du chef est un mauvais gène dont la conservation risque de pulvériser le paysage politique tunisien.

Si nous ne voulons pas restaurer la dictature sous une forme démocratique !

Ce dont la Tunisie a besoin c'est d'un vrai tremblement de terre qui transforme les mentalités et les pratiques héritées du passé et l'installe vraiment dans un parcours d'émancipation économique et culturelle, un parcours citoyen, rompant avec ces institutions délabrées et corrompues ainsi que ce système inique et injuste.

Jusque là nous avons œuvré pour la continuité, œuvrons aujourd’hui pour la rupture, la République des hommes doit disparaitre au profit de celle des institutions guéries de leurs vieux maux et débarrassées des démons de l’autocratie mafieuse.

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