La communauté arabe en Israël s’est dotée d'un pouvoir aussi inattendu que stratégique…

Qui sont ces Palestiniens citoyens de l'État israélien et dont les députés au Parlement, à l'issue des dernières élections législatives, ont pris tout d'un coup une importance toute particulière du fait qu'ils constituent la pièce manquante à toute majorité ? Leur mobilisation les a fait sortir de l'ombre mais toutes sortes de questions planent au sujet du rôle qu'ils peuvent jouer dans un avenir plus ou moins proche.

Les partis d'opposition, apprend-on, ne s'empressent pas de tendre la main à leurs représentants. Tout au contraire, en dehors d'un parti - Les Démocrates -, la règle est d'afficher à leur égard une attitude de suspicion et de dédain. Mais cela ne fait pas pour autant sortir de l'impasse politique. De sorte que l'option d'une alliance avec les "partis arabes" reste d'actualité, si amer en soit le goût pour des formations dont le projet sioniste reste malgré tout un dénominateur commun.

Si elle se prolongeait, la crise parlementaire actuelle pourrait certes conduire à de nouvelles élections. Mais rien ne dit que celles-ci déboucheraient sur une situation nouvelle. Les électeurs israéliens, dont la majorité a retiré sa confiance au gouvernement mené par Netanyahu, ne devraient pas de sitôt la lui rendre.

Il faudrait donc que des électeurs partisans du Likoud et de ses alliés d'extrême droite acceptent d'accorder leur vote aux partis de gauche afin de leur permettre de prendre le pouvoir sans rien quémander aux partis arabes. Or si l'on considère que ces mêmes partisans représentent la frange d'un sionisme particulièrement radicalisé et agressif, il est peu probable qu'ils acceptent de voter contre leurs convictions, en faveur d'adversaires politiques, même si on leur explique que les circonstances l'exigent.

Bref, dans tous les cas de figure, il semble que la communauté arabe en Israël se soit dotée, grâce à sa mobilisation, d'un pouvoir aussi inattendu que stratégique. Et la question bien sûr est de savoir ce qu'ils sauront en faire. Qu'ils subissent des attitudes dédaigneuses ne signifie pas qu'ils n'auront pas eux-mêmes à négocier chèrement leur soutien, puisque la fortune du jeu politique leur en offre la possibilité.

Ce faisant, ils devront certainement prendre garde à ce que tout accord concédé ne puisse pas prendre le sens d'une compromission dans une politique sioniste qui, que ce soit par action ou par omission, s'est laissé tremper dans le sang de leurs frères à Gaza et en Cisjordanie durant de longs mois.

Comment réussiront-ils à marchander leur participation sans vendre leur âme : telle est la question ! De l'intelligence qu'ils mettront à y répondre dépendra peut-être beaucoup l'avenir qui attend la région du Moyen-Orient.

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