Mettre sur pied, dans une nouvelle mouture, une organisation des nations…

Quels que soient l'actualité internationale et ses changements, une chose reste à l'ordre du jour : mettre sur pied, dans une nouvelle mouture, une organisation des nations. Ce qui suppose d'avoir identifié les causes de l'effondrement des deux précédentes versions, celle de la Société des Nations et celle de l'Organisation des Nations Unies. Et ce qui suppose surtout d'avoir répondu à la question suivante, qui demeure souvent dans l'angle mort des réflexions sur le sujet : comment mettre ensemble, dans une même communauté, des nations anciennement colonisatrices et d'autres dont la configuration en tant qu'entités nationales est elle-même issue d'un passé colonial, c'est-à-dire d'une expérience de souveraineté confisquée ?

Depuis des décennies, nous nageons dans une sorte de malentendu, voire de supercherie politique, en ce qui concerne les "pays du sud". Car l'affirmation de leur souveraineté, érigée chez elle en principe sacro-saint, ne fait que reconduire, sans y prendre garde, une décision qui porte en elle la négation de cette souveraineté : celle en vertu de laquelle leurs frontières ont été inscrites initialement dans les cadastres et, au-delà de cela, celle qui a déterminé leur mode de gouvernement, en rupture avec ce qui prévalait autrefois.

Bref, il est temps de se demander si une nouvelle société des nations peut s'accommoder du fait qu'une partie importante de ses membres se présente amputée de son passé et comme obligée de s'en tenir à une définition de sa propre identité qu'elle n'a fait que reprendre à son compte puisque d'autres qu'elle en a eu l'initiative.

L'idée derrière cette réflexion n'est pas que les pays du sud devraient, de quelque façon que ce soit, se contenter de revenir en arrière et d'aller puiser pour eux-mêmes une nouvelle identité à partir de leur passé précolonial. Ce qui relèverait finalement d'un mouvement de repli, qui ne saurait être salutaire. L'idée est simplement d'inscrire dans les travaux de conception et d'élaboration de la future version de l'ONU l'obligation de lever le malentendu évoqué, de faire cesser l'escroquerie politique et intellectuelle…

Il s'agit de retrouver pour les pays qui forment la communauté une souveraineté qui soit réconciliée avec le passé, ouverte du même coup à la possibilité que les "États-nations", en dépit du caractère arbitraire que l'histoire coloniale leur a conférée à leur naissance, servent de cadre à une coexistence des peuples, et cela aussi bien en leur sein que dans leurs relations les uns avec les autres.

Commentaires - تعليقات
Pas de commentaires - لا توجد تعليقات