Monsieur le ministre : Ne prenez pas vos auditeurs pour des niais ou des imbéciles !

Je viens de lire le long discours de notre ministre des Affaires étrangères à New-York, à l'assemblée générale des Nations Unies. Sur presque tous les points où il est question des conflits qui persistent dans le monde, de la nécessité de venir en aide aux pays qui souffrent du fait par exemple des changements climatiques, de l'importance d'une action solidaire dans le traitement du problème de l'immigration, et plus encore du besoin d'engager les réformes de nature à donner à l'ONU les moyens de retrouver sa vraie place d'arbitre incontesté, la position exprimée est celle d'un pays qui se veut sage et modéré.

On peut sans doute soupçonner le rédacteur du discours d'avoir largement puisé dans le stock des poncifs dont l'usage vise justement à conforter l'image du bon élève de la communauté internationale. Il n'en reste pas moins qu'il y a de la pertinence dans le propos et qu'on n'est pas loin d'éprouver un sentiment de fierté au fil du texte.

C'est vers la fin qu'on est tout d'un coup pris d'un malaise quant à la consistance de ce qui est dit depuis le début. Monsieur le ministre, s'adressant à l'assistance, déclare sans la moindre explication que, sous le leadership de Kais Saied, la Tunisie poursuit l'œuvre de démocratisation du pays et de consécration des droits de l'homme… Ah bon ? En remplissant les prisons d'hommes politiques, de militants de la société civile et de journalistes, notre pays serait engagé dans la poursuite de pareille œuvre ?

Monsieur le ministre, vous n'êtes pas allé à New-York pour prendre vos auditeurs pour des niais ou des imbéciles, ou alors pour leur raconter des histoires à dormir debout. Si c'est le cas, sachez que ça ne fait pas honneur, ni à la Tunisie ni à la fonction qui est la vôtre.

Vous avez tout à fait raison d'attirer l'attention sur le délabrement institutionnel de l'ONU et sur la perte de confiance dont elle fait désormais l'objet. Mais ne pensez-vous pas que la réhabilitation de cette structure si nécessaire à la coexistence des nations fera un bon pas le jour où, à l'intérieur de ses murs, on cessera de pratiquer la langue de bois et qu'on s'interdira de parler une autre langue que celle de la vérité ?

On ne reconstruit rien en se payant de mots creux qui insultent l'intelligence de ceux qui nous écoutent. On participe au contraire à l'œuvre d'érosion de l'intérieur.

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