Comme les cathédrales et leurs tours, le chant des hommes est un élan vers le ciel, un pont invisible qu'on jette vers ces hauteurs d'où seulement le monde se met à battre comme un cœur.
À ce jeu, l'homme est toujours comme un enfant émerveillé. Pris de court par le pouvoir de sa voix, tout d'un coup, de révéler de la présence.
Et je crois que le chant le plus aguerri, le plus en possession de son art, est celui qui sait garder son âme d'enfant. Pas celui qui se fait fort de maîtriser une technique et de perpétuer le plus rigoureusement possible un mode, mais bien plutôt celui qui porte en lui cette faculté de dilatation à la faveur de quoi est accueillie et célébrée la présence qui se manifeste. Ce qui ne peut justement avoir lieu que dans la candeur de l'émerveillement.
À travers leur diversité, les peuples du monde représentent, par leurs traditions musicales, autant de tentatives de bâtir des voies vers le ciel. Celui qui sait chercher, celui par conséquent qui sait ne pas s'encombrer d'un savoir inopportun, saura deviner des élans, des cousins élans qui ne sont jamais dépourvus de génie, malgré parfois une simplicité déconcertante.
Il saura deviner de tels élans sans se laisser dévoyer ou distraire par la joliesse d'une mélodie, l'élégance d'un mouvement vocal.
Et sans jamais se départir de l'idée que le chant dont le rôle est seulement de divertir n'est pas autre chose qu'un chant qui s'est effondré de son élan premier, et enfin que les chants les plus entêtés à imposer aux autres la norme esthétique de leur mode sont précisément ceux qui ont perdu leurs ailes.