Il y a quelque chose de profondément burlesque à observer le naufrage régulier d’un certain médecin sur les colonnes de la presse électronique tunisienne.
Ce clinicien semble persuadé qu’une réputation que l’on pourrait qualifier par pure courtoisie d’honorable de technicien de la valve mitrale lui octroie, par une sorte de fluide transmissible, le génie diplomatique d'un secrétaire général des Nations Unies. Malheureusement pour ses rares lecteurs, l'imposture éclate dès les premières lignes.
Sa charge contre ma modeste personne atteint des sommets de vacuité. Qualifier les alertes d'un diplomate chevronné de « combats donquichottesques » trahit le vertige d'un interne en première année confronté à une carte d'état-major.
Face à un grand commis de l'État qui a passé sa vie à négocier toute sorte d’accords internationaux et à peser les rapports de force réels, ce commentateur du dimanche n'oppose que la profondeur conceptuelle d'un pilier de comptoir.
Le diagnostic clinique d'une « khawakhawanomanie » aiguë :
Sa méthode diagnostique en géopolitique régionale permet de le classer définitivement dans la sous-catégorie des khawakhawanomanes. Atteint de cette manie lâche qui consiste à sacrifier l'intérêt national sur l'autel d'une fraternité régionale béate, ce monsieur confond alignement stratégique et aplatissement intellectuel.
Quand l'expert rappelle les réalités du droit international, notre éminent khawakhawanomane répond avec le fatalisme pitoyable d'un chauffeur de taxi clandestin : « On ne choisit pas ses voisins ! ».
Pour cet invertébré, les spoliations nées du Congrès de Berlin et du découpage territorial colonial — qui ont indûment amputé la Tunisie de son Sahara et de vastes territoires— ne sont que des détails de l'histoire.
Il occulte superbement les droits historiques légitimes de la Tunisie, pourtant fièrement revendiqués par le leader Habib Bourguiba, qui alla jusqu’à y dépêcher ses troupes.
Ce médecin de salon préfère valider le fait accompli d’un tracé frontalier finalisé lorsque la santé chancelante du Combattant Suprême laissait la Tunisie vulnérable.
Cet effacement mémoriel entérine le revirement des autorités algériennes sur leur parole donnée et l'oubli cynique du soutien inestimable que la Tunisie leur a accordé dans leur guerre de libération au prix du sang, notamment lors du sacrifice de Sakiet Sidi Youssef.
Prétendre qu’un statu quo imposé compense une perte de souveraineté relève d'un délire macroéconomique de basse-cour que seule une névrose idéologique peut expliquer.
L'Effet Dunning-Kruger (2) en version mandarine :
Mais l'outrecuidance de notre khawakhawanomane national ne s'arrête pas au Maghreb. Non content d'avoir administré ses leçons de soumission à la diplomatie tunisienne, le voilà qui s’invite avec ses gros sabots dans les salons feutrés de la diplomatie asiatique, s'offrant le ridicule d'une polémique d’anthologie avec l’Ambassade de Chine.
Le spectacle de ce polygraphe de caniveau, tentant de tancer l'Empire du Milieu avec la même autorité qu'un chef de service rabrouant un brancardier, bascule dans le naufrage international.
Ignorant superbement les codes et la patience millénaire de la diplomatie chinoise, cet hurluberlu applique ses grilles de lecture tiers-mondistes poussiéreuses des années 1970 à la Realpolitik hyper-technologique de la Chine contemporaine.
Face aux démentis polis d'une chancellerie habituée à peser chaque caractère d'imprimerie, l'intrus oppose sa seule spécialité : la logorrhée indignée.
Quand le diplomate analyse l'érosion économique de la Tunisie face à ses pairs, l'intrus signe un aveu d'impuissance qui fait pitié : « Je ne comprends pas où veut en venir l'Ambassadeur ».
Que ce polygraphe se rassure : personne ne doute de son incompréhension. Elle est totale, flagrante et incurable.
Ce qui interroge, c'est l'audace psychiatrique qui le pousse à transformer son ignorance technique en argument d'autorité. Chez l'honnête homme, l'incompréhension invite au silence ; chez ce cuistre, elle déclenche une crise d'écriture compulsive.
L'esquive par l'infamie : Le reflet d'un désordre intérieur:
Faute d'arguments juridiques, historiques ou diplomatiques à opposer aux hommes de l'art, le docteur Knock à la sauce chakchouka plonge alors dans ce qu'il maîtrise le mieux : l'attaque ad hominem et le procès d'intention.
Incapable de démonter le moindre raisonnement du diplomate professionnel, il s'abaisse à inventer de prétendus parrainages de réseaux, projetant de manière saugrenue ses propres obsessions généalogiques sur son contradicteur. C'est le degré zéro de la réplique, le réflexe pavlovien du dilettante aux abois.
Il y a une ironie tragique à voir ce donneur de leçons ausculter les affiliations d'autrui alors que ses propres emportements scripturaux trahissent un évident désordre intérieur.
Celui qui s'improvise psychiatre des chancelleries ferait bien de balayer devant sa propre porte, tant sa propension à la monomanie et à la fixation obsessionnelle sur les affaires de l'État révèle une instabilité personnelle qui confine au cas d'école.
À force de chercher des failles chez les serviteurs de la Nation, il ne fait qu’exposer la fragilité de son propre équilibre, là où les tourments personnels devraient plutôt inciter à la décence et à la retenue.
Conclusion:
Il y a une hypocrisie délectable dans cette posture d'omniscient. Dans son cabinet, ce monsieur exigerait l'imagerie la plus pointue avant d'émettre le moindre avis médical. Il hurlerait au charlatanisme si un diplomate venait lui expliquer comment poser un pacemaker.
Pourtant, à peine le stéthoscope rangé, le voilà qui s'improvise expert du gazoduc transcontinental et arbitre des élégances maghrébines, armé d'une seule certitude : puisque son diplôme l'autorise à lire un électrocardiogramme, le monde entier doit se plier à ses délires.
La diplomatie internationale et la géostratégie sont une science ardue, froide et cruelle. Elles exigent un apprentissage ardu, de la technique, du métier, et une décence que ce monsieur n'a manifestement jamais acquise.
Que ce monsieur retourne d’urgence à ses consultations et cesse d'encombrer le débat sur la politique étrangère. À force de vouloir jouer les Clausewitz de tribune et les khawakhawanomanes de service, il ne fait que confirmer une triste vérité : le dilettantisme de salon est à la pensée ce que le charlatanisme est à la médecine. Un exercice flatteur pour son ego surdimensionné, mais une insulte permanente pour l'intelligence de ceux qui ont le malheur de le lire.
L'histoire de la Tunisie s'écrira définitivement sans ses ordonnances périmées.
Notes
(1) Le Docteur Knock est un personnage créé par Jules Roman (1929 : pièce de théâtre et film intitulé : Le docteur Knock ou le triomphe de la médecine moderne) décrivant un médecin ambitieux et manipulateur qui débarque dans un village sans histoire et persuade tous ses habitants tout bien portants qu’ils soient qu’ils sont des malades qui s’ignorent.
(2) L’effet Dunning-Kruger est un biais cognitif ou les personnes incompétentes dans un domaine surestiment leurs capacités. Moins on en sait, moins on a conscience de son ignorance.