En tout pays normalement constitué l'annonce par les juges d'un verdict sur une affaire qui a mobilisé l'attention durant de longues années a valeur de sorte de dénouement qui livre enfin la clé de l'énigme, par-delà les spéculations des uns et des autres. Ou dont on peut espérer en tout cas qu'elle livre cette clé.
Chez nous, en ce pays béni des dieux, l'annonce de pareil verdict produit un effet assez différent : elle nous rappelle surtout que notre justice, derrière l'apparat de ses procédures, est atteinte d'un mal étrange : est atteinte de démence !
Le langage même dans lequel elle parle dénote une confusion des repères. À l'écouter parler, nous sommes projetés dans une dimension surréaliste, où les condamnés ont à purger leur peine après leur mort, dans l'au-delà. Comme si cette justice humaine s'était octroyé les pouvoirs d'une justice divine…
Mais, me direz-vous, voilà qui n'est pas sans cohérence : si cette justice d'ici-bas a désormais les attributs d'une justice de l'au-delà, n'est-elle pas en droit de prendre, comme on le voit, toutes les libertés qu'elle veut vis-à-vis des mesures de prudence qui sont la marque habituelle de la justice humaine quand elle est soucieuse d'elle-même et des jugements qu'elle rend ?
Certes... La folie a sa propre cohérence : il faut le concéder. Mais c'est bien là le drame.