Grâce présidentielle à géométrie variable : La ténacité dans la méchanceté.

Ainsi donc il y a eu grâce présidentielle. En a bénéficié un député de l'actuel Parlement qui avait eu des mots véhéments et plutôt désobligeants au sujet des résultats concrets de la politique menée sous la présidence de Kaïs Saied. On pourrait en conclure que la clémence n'est finalement pas complètement absente des attributs de ce régime, malgré la dureté avec laquelle il traite nombre de ses opposants en leur réservant des peines d'emprisonnement dignes des pires criminels.

Mais cette conclusion ne s'impose pas. Pourquoi elle ne s'impose pas ? Parce que le bénéficiaire de la grâce, si mordantes qu'aient pu être ses critiques contre la politique actuelle et contre la personne même du président, se présente à grand renfort de déclarations comme un soutien inconditionnel du "processus du 25 juillet", qui est le nom pudique du coup d'État engagé contre la transition démocratique. C'est précisément en tant que pareil soutien et, explique-t-il, parce que ses attentes ont été déçues, qu'il a adopté le ton acerbe qui fut le sien et qui lui a coûté la liberté durant les quelques semaines qu'il a passées derrière les barreaux.

Et cette conclusion ne s'impose pas pour une seconde raison, qui est la suivante, à savoir que le message que véhicule la décision présidentielle de gracier ne vise pas tant à montrer que la bonté a sa place dans le système qu'à rappeler que la mesure de grâce est refusée à tous les autres prisonniers qui croupissent toujours en prison pour avoir émis des paroles critiques.

En d'autres termes, la dureté et l'acharnement dans la cruauté ne pourraient recevoir leur pleine expression en laissant simplement l'appareil judiciaire mener son travail macabre. Par le rappel que la mesure de la grâce existe, que certains peuvent en bénéficier, on signifie donc qu'on en prive délibérément ceux dont on veut qu'ils restent là où ils sont.

On notera enfin que, à l'actif de l'heureux bénéficiaire de la grâce, il y a des appels sur son compte Facebook afin que la justice se transforme en machine à envoyer des hommes politiques à la potence. C'est donc lui, avec ses délires de meurtre affichés, qui a finalement les faveurs de la mesure de grâce, pendant que d'autres, dont la conduite est à l'opposé de cela, font l'objet de la plus grande rigueur, en dépit des condamnations si lourdes dont ils ont été gratifiés de la part de la Justice.

Cet esprit sélectif, avec l'orientation qu'il se donne, suggère en réalité une toute autre conclusion que celle de la clémence. Il suggère bien plutôt la ténacité dans la méchanceté.

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