Trump vient-il de menacer l'Iran d'un génocide ?

La menace proférée par le président Donald Trump à l’encontre de l’Iran marque un grave déclin politique et moral. Évoquant une éventuelle intensification des frappes aériennes, il a déclaré qu’« une civilisation entière disparaîtra ce soir, pour ne jamais renaître ».

Cette phrase ne ressemble pas au langage d’un président discutant d’objectifs militaires. Elle présente le résultat possible de l’action américaine comme la destruction d’une civilisation. Dès lors qu’un président s’exprime en ces termes, les accusations de menace de génocide cessent d’être fantaisistes ou polémiques. C’est lui-même qui les a introduites.

Le point de vue juridique doit être exposé avec prudence. Un tribunal ne considérerait probablement pas cette seule déclaration comme une preuve déterminante d’une intention génocidaire. La Convention sur le génocide fixe un seuil élevé. Elle exige une intention spécifique de détruire, en tout ou en partie, un groupe protégé en tant que tel.

Dans la pratique, les tribunaux ne déduisent généralement pas cette intention d’une seule remarque, aussi choquante soit-elle. Ils recherchent une tendance générale : le choix des cibles, l’ampleur et la répétition des attaques, le traitement réservé aux civils, la présence d’un discours « exterminationniste » au fil du temps, ainsi que le lien entre les propos et la conduite opérationnelle. Une déclaration isolée peut avoir une valeur probante, mais elle suffit rarement à elle seule à trancher la question.

Cette mise en garde est importante car la loi doit établir une distinction entre le génocide et d’autres formes de violence d’État, notamment les attaques aveugles, les punitions collectives, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre à grande échelle. Elle doit également faire la distinction entre une menace visant à détruire un régime et une menace visant à détruire un peuple. Un tribunal, confronté à cette seule déclaration, dirait probablement que l'objet exact de l'auteur reste incertain. Menaçait-il de détruire physiquement les Iraniens en tant que groupe national ? Menaçait-il une dévastation si totale que l'héritage civilisationnel du pays serait anéanti ? Utilisait-il un langage grandiloquent pour décrire l'effondrement du régime et la ruine nationale ? Ces questions resteraient en suspens, et un tribunal voudrait davantage d'éléments avant de tirer la conclusion la plus grave que le droit international autorise.

Mais rien de tout cela ne sauve cette déclaration. Le fait qu’une seule phrase ne suffirait probablement pas à justifier une condamnation ne la rend pas pour autant banale, ni sur le plan juridique ni sur le plan moral. Trump n’a pas parlé de défenses aériennes, de bunkers de commandement, de lance-missiles, ni même d’institutions étatiques. Il a parlé d’une civilisation en train de mourir et qui ne renaîtrait jamais.

« Civilisation » est le mot clé. Il va au-delà de la défaite militaire et du renversement du gouvernement, désignant la destruction d’un peuple compris dans sa profondeur historique, en tant que porteur de mémoire, de culture, de continuité et de vie collective. C’est pourquoi cette remarque comporte des implications génocidaires, même si elle ne constitue pas à elle seule un élément de preuve suffisant sur le plan juridique.

Pour cette raison, il est tout à fait raisonnable de dire que Trump s’est exposé à des accusations de menace de génocide. Il n’est pas nécessaire d’affirmer que le crime a été prouvé, mais simplement de reconnaître que, lorsque le président des États-Unis menace d’agir en des termes qui impliquent la disparition d’une civilisation entière, il s’est aventuré sur un terrain où de telles accusations surgissent naturellement et sans mauvaise foi.

C'est un nouveau coup bas pour les États-Unis. L'Amérique a souvent failli à ses propres principes, parfois de manière brutale. Malgré tout, elle s'est longtemps présentée comme le défenseur de la modération, de la légalité, de la protection des civils et de l'idée que le pouvoir doit reconnaître ses limites.

La déclaration de Trump rejette ces revendications. Elle inscrit la destruction de civilisations dans le vocabulaire des menaces présidentielles. Cela seul est une honte. Un pays qui se présentait autrefois comme un phare des valeurs libérales s'exprime désormais, par la voix de son président, dans un langage qui invite à l'accusation de menace génocidaire.

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