L’extradition de Maître Seifeddine Makhlouf n’est pas un fait divers et ne relève pas de la « coopération sécuritaire » ; c’est une livraison, une trahison, une infamie.
Ce dimanche 18 janvier 2026, le régime algérien a remis Makhlouf aux autorités tunisiennes par voie terrestre. Et Tunis, sans surprise, a immédiatement activé sa machine : garde à vue, mandats, poursuites, acharnement.
Rien de tout cela n’a le parfum de la justice. Tout cela a la puanteur du deal.
Qu’on ne nous fasse pas le coup de l’innocence fabriquée. Makhlouf n’est pas un symbole ni un modèle de maturité démocratique. À l’Assemblée, il fut souvent le visage de la surenchère, du vacarme et de la provocation. Il a participé à transformer la politique en spectacle. Il a nourri une polarisation brutale. Il a parfois remplacé l’argument par l’attaque, le débat par le choc, la responsabilité par la posture. Oui : il a contribué, à sa manière, à fragiliser l’expérience démocratique.
Mais même cela ne donne à personne le droit de le réduire à une proie. Car l’État de droit ne se mesure pas à la manière dont il traite les “bons”. Il se mesure à la manière dont il traite les controversés, les dérangeants, les ennemis politiques.
Ceux qui jubilent aujourd’hui doivent comprendre : quand le régime écrase Makhlouf, il ne punit pas un individu — il installe une méthode.
Et cette méthode sera utilisée contre tout le monde : contre les islamistes, contre les pdlistes, contre les progressistes, contre les syndicalistes, contre les journalistes, contre les avocats, contre les juges. Contre quiconque respire trop fort.
Le régime algérien : la honte au kilo
Le régime algérien vient de jeter le masque : il n’a ni dignité, ni parole, ni principes.
• Il prétend défendre les causes. En réalité, il défend les régimes.
• Il prétend refuser l’injustice. En réalité, il la produit, puis la sous-traite.
• Ils ne protègent pas les persécutés. Ils les échangent.
• Ils ne respectent pas les exilés. Ils les vendent.
L’extradition de Makhlouf, dans ces conditions, n’est pas une simple décision : c’est un acte de complicité politique avec le régime tunisien. Ils ont donné au pouvoir tunisien ce qu’il voulait : un trophée. Une tête.
Makhlouf fait l’objet de condamnations et de poursuites empilées, dont certaines relèvent d’une évidence : la justice tunisienne n’est plus un pouvoir indépendant. Elle est un outil pour neutraliser, humilier, épuiser. Un outil pour faire peur.
Et la justice militaire, en particulier, est devenue une arme lourde : qualifications extensives, logique punitive, mépris du contradictoire — et jusqu’à l’atteinte directe à l’indépendance du barreau avec l’interdiction d’exercer.
Il existe pourtant un cadre juridique clair : la Convention d’entraide judiciaire tuniso-algérienne du 15 décembre 2021. Ce texte prévoit expressément que l’extradition doit être refusée lorsqu’elle :
• viole les principes internationaux relatifs aux droits humains (notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques) ;
• concerne des faits de nature politique ou liés à des infractions politiques ;
• expose la personne à un risque sérieux de poursuites ou de condamnation motivées par ses opinions.
Dans le même temps, le régime algérien a également violé le droit international en bafouant le principe de non-refoulement : un demandeur d’asile doit être protégé et ne peut être expulsé tant que le HCR n’a pas statué sur sa demande.
Ce n’est d’ailleurs pas un précédent isolé. L’expulsion de Slimane Bouhafs depuis la Tunisie, malgré son statut de réfugié, avait déjà été cyniquement justifiée comme une manœuvre politique — avec les conséquences que l’on connaît.
Mais, au fond, que pèse le droit lorsqu’il se heurte à des logiques de régime ?
Le droit, ils l’écrivent pour les communiqués. Puis ils le jettent à la poubelle quand le deal commence.
Qatar et la Turquie : hypocrisie, cynisme, lâcheté
Et pendant ce temps, le Qatar et la Turquie jouent leur rôle favori : celui des États “solidaires” quand la caméra est allumée et des États impitoyables quand l’asile est demandé.
Ils ont refusé la protection à l’un de ceux qui a longtemps défendu leurs orientations et leurs agendas.
Leur religion n’est pas la solidarité. Leur morale n’est pas la justice. Leur doctrine, c’est : l’intérêt, rien que l’intérêt. Ils ne protègent personne : ils utilisent, puis ils jettent.
Certains doivent cesser de se bercer d’illusions.
Ces régimes n’ont ni amis, ni alliés, ni fidèles. Ils ne connaissent que l’utilité : ils ne connaissent que des pions, des intermédiaires, des serviteurs. Et quand le pion dérange, on le sacrifie.
C’est leur politique : la trahison comme doctrine, la lâcheté comme langage, le deal comme horizon.
Il faut dénoncer :
• l’extradition opérée par le régime algérien ;
• la complicité dans la répression tunisienne ;
• l’abandon honteux du Qatar et de la Turquie.
Et exiger :
• la libération immédiate de Maître Sayfeddine Makhlouf ;
• l’accès plein et entier à la défense et au procès équitable ;
• l’arrêt de l’instrumentalisation judiciaire et des procédures d’exception.