Cette bien commode « main de l’étranger » …

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Qu’est-ce que « la main de l’étranger » ? Avant de répondre à cette question si fondamentale aux yeux de nombre de nos dirigeants et de nos compatriotes, commençons par dire qu’il ne faut certainement pas être naïf. Tous les pays du monde se dotent d’institutions et de moyens pour, justement, contrer les ambitions d’autres pays rivaux ou bien encore ennemis.

C’est, si on ose le dire ainsi, de bonne guerre. L’Algérie n’échappe pas à la règle. Qu’elle se doive de protéger ses intérêts, ses richesses et, avant tout, sa population est chose normale. Mais puisqu’on ne cesse de parler de complots, de menaces, la vraie question est de savoir de qui et contre quoi elle doit se protéger.

La main de l’étranger, ce ne sont pas des étudiants qui se mobilisent dans les rues d’Alger pour demander un changement profond dans les structures qui dirigent et gouvernent l’Algérie. La main de l’étranger, ce ne sont pas ces millions d’Algériens qui sortent de chez eux tous les vendredis pour exprimer leur ras-le-bol et leur volonté d’en finir avec un système qui a conduit le pays à l’échec.

Dire que l’on veut le changement, prendre le risque de se faire bastonner, écrire clairement qu’il est temps que la donne soit modifiée, c’est aimer son pays. C’est lui vouloir le meilleur possible. A contrario, assimiler les manifestants à des auxiliaires de la main de l’étranger, c’est soit être totalement intoxiqué par une vision paranoïaque du monde soit, et c’est plus grave, être le vrai relais de la main de l’étranger.

Défendre le statu quo en Algérie, ce n’est pas servir l’intérêt des Algériens mais bien défendre, consciemment ou non, ceux d’autrui. Expliquons-nous avec quelques exemples pris au hasard. Le statu quo, cela signifie que les projets d’exploitation des hydrocarbures non-conventionnels comme le gaz de schiste vont se poursuivre. Le statu quo, cela signifie que les Algériens qui s’opposent à cette folie aux conséquences écologiques – et économiques – incalculables n’ont pas le droit d’être entendus.

Cela veut dire aussi que les protestataires contre l’exploitation du gaz de schiste – lesquels ont précédé de plusieurs années le mouvement du 22 février - se battent pour rien. Dans un pays démocratique, avec des institutions sérieuses, une telle exploitation devrait être débattue dans un parlement représentatif voire être soumise à un référendum. Le statu quo, ou une transition biaisée, empêchent et empêcheront cela.

Dans cette affaire, la main de l’étranger, ce sont les compagnies pétrolières occidentales qui pourront venir réaliser en Algérie ce qu’elles n’ont pas le droit d’accomplir dans leurs pays ou bien encore ce qu’elles ne peuvent faire que dans des conditions strictes de surveillance et d’encadrement par les autorités.

Si on réfléchit bien à la question de l’exploitation du gaz de schiste – qui risque de ruiner les nappes aquifères du grand sud – on comprend mieux le lien entre statu quo et main de l’étranger qui, dans ce cas, est représentée aussi par les lobbies au service des pays consommateurs. Pour ces derniers, plus il y aura d’hydrocarbures pompés dans le monde, plus le prix de l’énergie sera bas. Bref, leur logique est simple : que l’Algérie pompe et pompe encore, qu’elle saccage son environnement, qu’elle épuise ses réserves, pourvu que les marchés soient satisfaits.

La main de l’étranger, c’est aussi celle qui tire avantage du fait que l’Algérie se soit désindustrialisée au fil des ans pour se transformer en un immense comptoir d’importations. Le statu quo, c’est des dizaines de milliards de dollars qui continuent d’être dépensés pour acheter de tout et de n’importe quoi à l’extérieur, avec les pratiques délictueuses que l’on connaît, notamment les procédés de surfacturation qui équivalent à des fuites illégales – et massives - de capitaux.

Le changement, le vrai, impliquerait une plus approche plus rationnelle en matière de commerce extérieur, des lois destinées à protéger les consommateurs algériens du « made n’importe où » frelaté, périmé ou tout simplement inapte à la consommation. Le changement dans un sens de plus grande cohérence économique, cela signifierait donc des marchés perdus, des manques à gagner pour nombre de fournisseurs d’Europe, d’Asie ou même d’Amérique du nord.

La main de l’étranger ne veut pas le chaos en Algérie, elle veut juste que les choses ne changent pas, que le système demeure en l’état. Elle veut juste pouvoir continuer à faire ses affaires au détriment du potentiel de production locale, au détriment de l’emploi local, des compétences locales. Elle veut ainsi continuer à écouler tranquillement ses produits, comme les automobiles, plutôt qu’elles soient fabriquées sur place.

On dira qu’il n’y a pas que l’économie et que la politique, notamment internationale, compte beaucoup. C’est un fait. Il est encore quelques dossiers où la position algérienne irrite plus ou moins. Le soutien aux Palestiniens et aux Sahraouis, le refus d’intervenir militairement en Libye et au Sahel, tout cela fait grincer des dents. Mais l’époque de la grande Algérie révolutionnaire, non-alignée, clairement anti-impérialiste est révolue. Nous prêtons de l’argent au Fonds monétaire international (FMI), nous participons à des manœuvres conjointes avec l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan) et nous ne cherchons guère à peser sur le dossier palestinien que les Etats-Unis de Donald Trump cherchent à boucler au détriment d’un peuple qui, jadis, proclama symboliquement la naissance de son État à Alger.

Pour faire l’objet d’un complot, il faut ne pas filer droit ou être dans la résistance (réelle) à l’ordre mondial. Ce n’est pas le cas aujourd’hui de l’Algérie, cela le sera peut-être demain si, démocratie oblige, les aspirations et les convictions du peuple algérien se traduisent concrètement en matière de politique étrangère et économique.

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