La guerre a de nouveau éclaté en Éthiopie, le deuxième pays le plus peuplé d'Afrique, dans une région proche de la mer Rouge, d'une importance stratégique capitale, où les tensions sont déjà vives.
Des centaines de victimes ont été signalées ces derniers jours suite aux combats qui se concentrent principalement dans la province du Tigré, au nord de l'Éthiopie, mais qui s'étendent également à d'autres régions de ce pays d'Afrique de l'Est, frontalier de la Somalie, de l'Érythrée, du Soudan et du Kenya.
Le gouvernement central éthiopien, basé à Addis-Abeba, accuse ses voisins régionaux, l'Égypte, le Soudan et l'Érythrée, de soutenir des factions rebelles implantées au Tigré.
La Corne de l'Afrique est déjà ravagée par les guerres au Yémen et au Soudan, ainsi que par des conflits historiques entre pays voisins concernant les frontières et les ressources naturelles. La région est en proie à une catastrophe humanitaire permanente : des millions de personnes souffrent de la faim et sont menacées de déplacement. La reprise du conflit en Éthiopie pourrait entraîner plusieurs pays dans le conflit et transformer toute la région en une zone de guerre catastrophique.
Le journaliste éthiopien Mickael Minassie explique le contexte de la recrudescence actuelle des conflits et le danger d'une guerre internationale plus large impliquant plusieurs nations.
Minassie affirme que la guerre civile éthiopienne qui a éclaté en 2020 entre le gouvernement fédéral du Premier ministre Abiy Ahmed et le Front de libération du peuple du Tigré ne s'est pas réellement terminée avec la signature de l'accord de paix de Pretoria en 2022.
Il affirme que le gouvernement d'Abiy a continué à mener une guerre de basse intensité contre la région du Tigré, imposant un blocus économique et alimentaire à ce territoire ravagé par la guerre, aggravant ainsi la grave situation humanitaire.
C’est pourquoi le conflit a repris, affirme-t-il. La paix n’a jamais été mise en œuvre. Et le « régime d’Abiy Ahmed » a instrumentalisé l’accord de paix pour poursuivre la guerre par d’autres moyens. La récente réaction de la région du Tigré, alliée à d’autres groupes rebelles éthiopiens, est un acte de désespoir visant à se libérer du joug du gouvernement central.
Il critique la communauté internationale pour ne pas avoir respecté l'accord de paix de 2022 et pour ne pas en avoir assuré le respect.
Minassie souligne la dimension internationale inquiétante du conflit. Le gouvernement central éthiopien a servi d'intermédiaire aux Émirats arabes unis en soutenant les insurgés des RSF au Soudan. Les Émirats arabes unis financeraient le gouvernement d'Abiy Ahmed par une aide militaire et des armes, notamment des drones.
Les États-Unis ont également signé récemment un nouvel accord de sécurité régionale avec le gouvernement d'Abiy Ahmed. Sans aucun doute, l'objectif est d'obtenir un meilleur accès à la région de la mer Rouge et un avantage stratégique face au gouvernement yéménite d'Ansar Allah, qui impose un blocus à la navigation israélienne et saoudienne.
Minassie affirme que la communauté internationale est restée silencieuse face aux violations commises par le gouvernement d'Abiy, ce qui l'a enhardi à poursuivre son agression contre le peuple du Tigré.
D'après Minassie, la Russie et la Chine ont également apporté leur soutien diplomatique au gouvernement central éthiopien. Il convient de noter que l'Éthiopie a obtenu son adhésion au forum des BRICS sans que Brasilia, Moscou, New Delhi, Pékin ou Pretoria ne formulent de critiques quant à la mise en œuvre de l'accord de paix de 2022.
Il affirme que la communauté internationale a fermé les yeux sur le conflit en Éthiopie. Le nombre de morts parmi la population du Tigré durant la phase 2020-2022 de la guerre est estimé par les Nations Unies à 600 000, soit environ 10 % du total. Ce bilan est à comparer aux quelque 20 000 morts civils de la guerre en Ukraine – environ 300 fois plus. Les médias occidentaux ont été inondés de reportages sur la guerre en Ukraine, notamment pour dépeindre la Russie comme le principal responsable. Pourtant, la couverture médiatique occidentale du conflit éthiopien a été, en comparaison, quasi inexistante.
L'échec des efforts diplomatiques internationaux pour résoudre la guerre en Éthiopie – une guerre aux proportions génocidaires – fait craindre une catastrophe encore plus grave pour la Corne de l'Afrique. Les répercussions sur le commerce mondial et les migrations massives laissent présager des conséquences immenses pour l'Europe, en particulier.