Le naufrage et ses possibilités

Il semble que nous soyons au bord d'une nouvelle crise majeure. Les investissements dans les entreprises d'intelligence artificielle ne rapporteront pas les rendements escomptés. Ce surinvestissement colossal ne porte pas ses fruits, et le problème est contourné par des prêts obtenus via des circuits douteux, ce qui aggrave l'endettement.

Nous sommes entraînés dans un nouveau système pyramidal financier gigantesque. L'effondrement imminent et l'éclatement de la bulle (dont la date est beaucoup plus incertaine) seront bien plus importants et graves que ceux de 2007-2008. À l'époque, les gouvernements pouvaient renflouer les banques et les marchés. Aujourd'hui, ils ne le peuvent plus car, de ce fait, leur niveau d'endettement est colossal.

Ils sont au bord de la faillite depuis un certain temps. La guerre contre l'Iran (une guerre perdue pour les États-Unis et l'Occident) affaiblit le pétrodollar. Les achats d'obligations du Trésor américain sont en baisse. En 2008, la dette publique américaine s'élevait à 9 000 milliards de dollars. Aujourd'hui, officiellement, elle s'élève à 40 000 milliards de dollars, et certainement bien plus. Dans la zone euro, la dette publique représente en moyenne plus de 80 % du PIB. Il n'y a donc aucune possibilité d'un nouveau plan de sauvetage, ni d'une nouvelle escroquerie. Seul l'effondrement demeure.

Je me souviens de ma première interview en Allemagne à mon retour de Chine en 2008. La crise bancaire battait son plein. Un sociologue berlinois renommé m'a dit : « On ne sait pas ce qui va se passer ; la seule certitude, c'est que le capitalisme néolibéral tel que nous le connaissons est révolu. » Vingt ans plus tard, nous sommes dans la même situation, mais face à un effondrement bien plus grave qui exposera totalement le capitalisme financier et les gouvernements qui lui sont subordonnés. Le système s'effondre, et avec lui, ses politiciens et ses institutions.

Au vu de ces éléments, certaines possibilités s'offrent à nous. Forts de l'expérience de 2008, il est temps pour les États de tirer profit de la faiblesse et du discrédit engendrés par le capitalisme financier pour s'affirmer face à lui. Naturellement, les gouvernements européens et l'Union européenne actuels, qui ont créé les conditions propices à la primauté du capital sur la politique, doivent être renversés. Dans ce contexte, des personnalités comme l'économiste français Frédéric Lordon soulignent que la France offre une opportunité particulièrement favorable. ( Le système va s'effondrer… et c'est une bonne nouvelle ? )

Aux élections présidentielles du printemps prochain, une option de gauche mature, unique en Europe, se présente, menée par Jean-Luc Mélenchon, avec une réelle chance de réaliser un bon score. Si le système actuel s'effondre d'ici là, inverser la subordination actuelle entre politique et finance relèverait du simple bon sens. Toute la machine médiatique corrompue serait impuissante face à la réalité vécue par l'immense majorité des citoyens. Et si la France franchissait ce pas, la contagion serait inévitable : adieu à l'UE, à ses traités infâmes et à sa technocratie stupide et belliqueuse, soumise aux États-Unis. Une opportunité s'ouvrirait alors pour le « moment 1848 » dont l'Europe a besoin : une libération populaire comme alternative à la guerre, au racisme et au désastre climatique.

Les Catalans qualifient ce genre de raisonnement et ces espoirs de « rêver de tortillas », autrement dit, d'illusion. Mais à moins d'accepter l'absurdité de la « fin de l'histoire » qu'on nous sert depuis quarante ans, il faut se rappeler que les grands bouleversements historiques ont toujours paru illusoires jusqu'à leur veille. De grands changements restent possibles, et il faut être conscient que l'effondrement du système recèle des opportunités.

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