Croissance du PIB : La triste réalité derrière les chiffres.

La Banque centrale de Tunisie et le gouvernement actuel ont-ils échoué à contenir le chômage, à maintenir la stabilité des prix et à viser une croissance économique réelle d'au moins 5 % par an ?

1. Un chiffre alarmant : derrière la croissance nominale du PIB de 2,3 % au deuxième trimestre de cette année se cache une perte nette de - 58 200 emplois et une diminution de 77 500 personnes de la population active.

Cela signifie que - 58 200 familles tunisiennes supplémentaires, désormais sans revenu, auront beaucoup de mal à se nourrir et à se soigner jusqu'à la fin de l'année. Ces deux chiffres sont effrayants et considérables pour un petit pays comme la Tunisie. Près de 12 % des 641 700 chômeurs (77,5/641,7 = 12 %) ont renoncé à chercher du travail ou ont perdu leur emploi définitivement, en raison du contexte économique actuel marqué par la stagflation, un pessimisme ambiant, une forte inflation, un chômage élevé, des taux d'intérêt et une dette publique considérables, et une croissance économique très faible de 2,3 %. (Source : int.tn).

2. Selon l'Institut national de la statistique de Tunisie, la croissance du PIB tunisien a enregistré une tendance baissière sur un an au cours des douze derniers mois, passant de 3,2 % au deuxième trimestre 2025 à 2,3 % au deuxième trimestre 2026. La tendance est donc à la baisse. (Voir graphique ci-dessous).


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3. La Banque centrale de Tunisie, comme toute autre banque centrale au monde, a pour mandat direct et principal de maintenir la stabilité des prix (faible niveau d'inflation). Son mandat secondaire et indirect est de préserver le plein emploi et de ramener le chômage en dessous de 10 %. Or, ces deux dernières années, la Banque centrale tunisienne a injecté plus de 20 milliards de dinars dans l'économie, une somme apparemment miraculeuse, pour financer directement le déficit budgétaire chronique de l'État.

Pourtant, l'économie n'a créé aucune richesse et tous les emplois créés en 2025 et au premier trimestre 2026 ont été détruits. On observe une création de richesse nulle en termes réels, une dette publique et une dette publique croissantes. L'inflation alimentaire (15 %), l'inflation énergétique et l'inflation des services ont fortement réduit l'épargne des ménages, les plongeant dans le rouge chaque mois, sans qu'aucune richesse supplémentaire ne soit créée.

4. La création d'emplois contribue à la création de richesse et à la croissance du PIB. Elle est essentielle à la croissance du PIB de tout pays, car elle augmente les revenus des ménages, stimule la consommation, accroît les capacités de production, réduit la pauvreté et augmente les recettes fiscales. Ces dernières permettent à l'État d'investir dans les infrastructures indispensables pour réduire les coupures d'électricité, fournir de l'eau potable à tous, construire de nouveaux hôpitaux et améliorer le niveau de vie de chaque famille tunisienne.

5. Autre constat alarmant ces deux dernières années : l'État a emprunté et puisé dans le système bancaire et la banque centrale pour un montant équivalent à 20 milliards de dinars, sans pour autant créer de richesse. On observe une perte nette d'emplois de 58 200 pour l'année 2026, un taux d'épargne très faible (4,5 % du PIB) et des réserves de change insuffisantes (92 jours), ne permettant pas d'acheter des médicaments ni de financer l'économie locale.

6. Par ailleurs, le PIB tunisien a enregistré une croissance globale de 13,67 % entre 2021 et juin 2026. Cependant, la dette publique tunisienne a, quant à elle, augmenté de 42 % sur la même période, soit plus de dettes pour moins de richesse. Autrement dit, la dette croît plus vite que le PIB, ce qui plonge le gouvernement tunisien dans un cercle vicieux d'endettement chronique. Année après année, l'État emprunte toujours plus pour financer ses déficits jumeaux.

Rien n'a changé : la situation reste inchangée et les moteurs de la croissance économique demeurent les mêmes : l'agriculture, le tourisme et la consommation des ménages (demande intérieure). 80 % de l'économie tunisienne repose sur la demande intérieure et une forte consommation des ménages, et non sur des investissements publics importants ni un niveau élevé d'exportations. Les industries manufacturières ont globalement enregistré une très faible croissance économique, la demande extérieure/les exportations ayant même connu une croissance négative de -1,33 % au deuxième trimestre 2026. Les principaux moteurs de la croissance économique restent l'agriculture, la consommation des ménages/la demande intérieure, le tourisme et les industries manufacturières.

Conclusion :

1. L’économie tunisienne a progressé de 2,3 % au deuxième trimestre de cette année, en net recul par rapport aux 3,4 % enregistrés au deuxième trimestre 2025 en termes nominaux. Il s’agit là de l’une des plus faibles croissances économiques d’Afrique.

2. La Banque centrale de Tunisie a commis une grave erreur en finançant directement le déficit budgétaire de l'État avec 20 milliards de dinars (monnaie libre) ces deux dernières années. Cette politique monétaire, consistant à injecter massivement des liquidités dans l'économie tunisienne pour combler le déficit et à maintenir un taux d'intérêt trop élevé (7 %) pour lutter contre une forte inflation, a eu des conséquences néfastes. Elle a anéanti les investissements du secteur privé, entraînant la faillite de nombreuses entreprises et la perte d'emplois.

De plus Le taux de chômage des diplômés de l'enseignement supérieur a ainsi atteint 26,6 % au deuxième trimestre 2026. L'économie tunisienne crée donc des emplois peu qualifiés et mal rémunérés, à faible valeur ajoutée, et ne peut rivaliser avec les emplois hautement qualifiés créés en Chine et en Turquie. Cette situation se traduit par un déficit commercial considérable avec ces deux pays, les ménages tunisiens consommant des produits chinois et turcs (source : ins.tn).

3. Face à cette croissance économique faible et fragile de 2,3 %, le gouvernement doit investir dans les infrastructures et n'a d'autre choix que de collaborer avec le FMI pour obtenir un plan de 3 milliards de dollars à un faible taux d'intérêt de 3 %, afin de réduire les coupures d'électricité, de fournir de l'eau potable à toute la population tunisienne et de construire de nouvelles universités, de nouveaux hôpitaux, de nouvelles écoles, de nouveaux centres de données, de nouveaux trains, de nouveaux avions, de nouveaux aéroports et de nouveaux ports pour aider le secteur privé à exporter et à générer davantage de devises étrangères, créant ainsi plus de richesse.

4. Au cours de ce deuxième trimestre 2026, la croissance du PIB a été tirée par la consommation intérieure des ménages, qui représente 80 % de l'économie (en hausse de 3,3 % ce trimestre), ainsi que par l'augmentation de la dette publique auprès de la banque centrale et des banques commerciales, et par l'endettement des ménages, qui a atteint 12 500 dinars par Tunisien. Emprunter, dépenser et laisser les générations futures rembourser la dette : le gouvernement actuel dépense l'argent qu'il n'a pas. Par ailleurs, au cours de ce premier semestre 2026, les investissements directs étrangers ont créé plus de 14 000 emplois, un chiffre insuffisant pour réduire le taux de chômage élevé à 10 %.

5. Par ailleurs, le discours de la Banque centrale sur une politique inclusive reste lettre morte. Dans les faits, la Banque centrale de Tunisie doit collaborer avec le gouvernement pour intégrer au système bancaire les 65 % de Tunisiens qui n'ont pas de compte bancaire et injecter les 29 milliards de dinars de l'économie parallèle dans le système bancaire. Cela permettra au gouvernement tunisien d'intégrer les 40 % de l'économie parallèle à l'économie réelle, rendant ainsi la politique monétaire de la Banque centrale plus efficace et lui permettant de réduire son principal taux directeur (TID) afin d'encourager l'investissement, la création d'emplois et d'atteindre une croissance économique réelle de 5 % par an.

6. Le gouvernement du président Kaïs Saied doit collaborer avec la Banque centrale de Tunisie pour ramener les taux d'intérêt à 5 %, réduire les impôts sur les entreprises, véritables créatrices de richesse, et réformer les subventions alimentaires et énergétiques afin d'accroître les recettes fiscales et d'investir dans les infrastructures énergétiques. Il doit également réduire la dette publique totale, ainsi que le déficit budgétaire et le déficit commercial (déficit jumeau).

7. Enfin, le niveau élevé d'inflation et le coût élevé de l'énergie, conséquences de la guerre Iran-Américaine, continueront d'affecter négativement les coûts de production, le déficit budgétaire et commercial, ainsi que la croissance économique pour le reste de l'année.

L'économie tunisienne sera donc confrontée à une forte inflation, un déficit budgétaire accru, un déficit commercial plus important et une dette publique plus élevée. Pour parvenir à une croissance économique réelle, le gouvernement tunisien a besoin de dollars et d'euros, et non de dinars émis par la Banque centrale de Tunisie, ce qui ne ferait qu'alimenter l'inflation et ruiner les classes populaires et moyennes.

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