Ce Christ abattu au Liban nous concerne tous (athées compris)

Je parle en tant qu’athée. Je parle en tant qu’anticléricale, mangeuse de prêtres et iconoclaste. Je parle en tant que polémiste irrévérencieuse. Et pourtant, je me suis sentie insultée par la photo du soldat israélien qui, au Liban, martelait le visage d’un Christ en croix abattu. Submergée dans mon humanité et dans ma piété.

Piétiner l’humanité

Il faut être particulièrement impie, cynique et sadique pour s’acharner avec une telle violence sur l’effigie d’un homme supplicié et cloué sur une croix. Des coups portés avec l’intention et le plaisir de l’outrage, contre l’humanité. Pour complaire à ce cercle restreint de brutes fanatiques qui, manifestement, veulent dominer l’humanité.

Le crucifix est un symbole universel de pardon, de salut et de rédemption humaine. Il incarne la fraternité des êtres humains dans la souffrance et dans le destin mortel. Il incarne l’humanisme que le christianisme a hérité de la rencontre de l’hébraïsme avec la culture grecque.

Pas seulement de l’hypocrisie…

Offenser le crucifix lors d’une invasion militaire n’est pas simplement un outrage à la religion et à la spiritualité des chrétiens. C’est une offense à tout sentiment de compassion humaine. C’est un abus, c’est l’humiliation maximale et volontaire infligée à une communauté attaquée. Et c’est aussi une intimidation adressée au reste de l’humanité, qui observe avec stupeur et impuissance.

De nombreux observateurs ont commenté sur les réseaux sociaux qu’Israël a commis bien pire, dénonçant comme hypocrite la réaction de plusieurs dirigeants et responsables de pays catholiques.

Ces observations sont recevables dans la mesure où des figures comme le ministre des Affaires étrangères polonais Sikorski sont intervenues uniquement pour ne pas perdre la face devant l’électorat catholique, alors qu’elles se sont tues — et continuent de se taire — sur les actes continus et inimaginables d’atteinte à l’humanité que les soldats israéliens et les colons commettent quotidiennement.

Symbolique génocidaire

L’image du soldat israélien frappant le crucifix abattu possède une charge symbolique d’une puissance extrême. C’est l’incarnation de l’anti-humanisme, du cannibalisme décomplexé, de la domination impunie et normalisée contre une humanité faible, sans défense et sidérée.

Elle représente de manière saisissante la volonté de l’armée israélienne de piétiner n’importe quoi. En temps de guerre, abattre un symbole religieux n’est pas un acte contre la foi, c’est un acte mû par une intention génocidaire.

C’est la preuve que les soldats israéliens n’ont pas simplement pour ordre de chasser le Hezbollah, mais d’effacer toute trace des populations vivant sur les territoires occupés par Israël. Pour cette raison, cette image ne doit pas être sous-estimée.

Israël ne mène pas une guerre de défense, mais une guerre d’anéantissement.

Le schéma génocidaire

Au Liban, les Israéliens agissent selon un schéma génocidaire déjà mis en œuvre par les militaires et les colons en Cisjordanie et à Gaza.

Ils effacent les villages, effacent la culture, effacent la langue, effacent l’identité, l’histoire d’un peuple. Ils effacent sa spiritualité.

C’est un modèle de colonialisme de peuplement qui prévoit la substitution ethnique des populations indigènes par des populations occidentales, majoritairement européennes et états-uniennes.

Les nouveaux maîtres de la terre se substituent aux autochtones en commettant toutes sortes d’abominations : le monde devra simplement oublier, ou faire semblant de ne pas savoir.

C’est le même modèle d’effacement des civilisations par lequel les Européens ont colonisé le continent américain. Aujourd’hui, les « Indiens » sont les Palestiniens et les Arabes.

La question sans réponse

Chaque jour, nous assistons, impuissants et sidérés, à la barbarie contre les Palestiniens et les Arabes. Et chaque jour, le seuil de l’horreur est franchi. C’est une torture psychologique.

Tout a commencé avec les enfants massacrés sous les décombres, les fosses communes, les mères serrant des ballots blancs, les nourrissons momifiés dans les incubateurs d’hôpitaux assiégés par les chars israéliens.

Puis il y a eu les colons bloquant l’aide humanitaire destinée à Gaza, l’armée israélienne tuant délibérément des membres de la Croix-Rouge et d’organisations humanitaires, des médecins et des journalistes.

Aujourd’hui, on en est à la justification du viol des prisonniers palestiniens par des soldats israéliens, aux chiens dressés pour violenter les détenus, à la peine de mort appliquée aux seuls Palestiniens, aux colons qui menacent sexuellement les femmes de Cisjordanie, aux enfants intimidés par des militaires armés de fusils d’assaut.

La posture des sommets politico-militaires et d’une partie de la société israélienne est double : d’un côté, toute critique est rejetée comme de l’antisémitisme ; de l’autre, ils revendiquent et célèbrent leur droit à commettre leurs crimes en toute impunité, parfois en invoquant des justifications bibliques.

Il suffit de penser à Ben Gvir trinquant à l’adoption de la loi controversée sur la peine de mort, à Danielle Weiss emmenant les enfants fêter les bombardements sur Gaza ; aux références religieuses incessantes de Netanyahu : la comparaison entre Jésus et Gengis Khan, l’apologie de l’extermination à travers des citations des Écritures, les déclarations sur le retour du Messie. Torturer, anéantir, tuer comme un droit divin.

La croix abattue et profanée au Liban nous confronte à une question : pourquoi Netanyahu et ses soldats revendiquent-ils leur droit d’agir de manière délibérément cruelle et inhumaine ?

Je n’en connais pas la réponse, mais j’ai l’impression que l’on cherche à nous imposer la normalisation de la barbarie.

Restons humains.

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